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La Tribune L'Europe des entreprises poursuit sa marche, avec notamment un nombre croissant de transactions transfrontalières. Croissance, innovation, création de valeur, plusieurs sociétés ont réussi le pari de l'intégration. Si l'Europe politique semble en panne, l'Europe des entreprises continue à avancer à grands pas. Témoin, quelque 149 milliards d'euros d'investissements "cross border" (transfrontière) ont été réalisés en 2004. C'est ce dynamisme qui était à l'ordre du jour du deuxième rendez-vous de l'entreprise européenne, organisé hier par le cabinet de conseil en stratégie Roland Berger, où les performances de plusieurs entreprises françaises ont été saluées par le prix de l'entreprise européenne (voir encadré). Pour Vincent Mercier, managing partner de Roland Berger, "les entreprises sont le premier moteur de la croissance". Et le conseil en stratégie de se livrer à une comparaison entre la croissance du PIB des États et celle du chiffre d'affaires des 100 premiers entreprises tant en Europe qu'aux États-Unis ou au Japon. Ainsi, en Europe, le nombre d'entreprises leader (classées du 1er au 3e rang) a progressé entre 2003 et 2004, passant à 46, maintenant une position forte sur le podium des leaders mondiaux. De plus, ces entreprises européennes sont créatrices de valeur et leur performance s'améliore. La somme des résultats nets des 50 plus grandes entreprises a progressé de 38 % en Europe sur cette même période, contre 13 % aux États-Unis. "L'effort en R&D est conséquent, même si on est loin encore des objectifs de Lisbonne", souligne Vincent Mercier. Pour les 10 premiers groupes investisseurs en R&D, le rapport R&D sur chiffre d'affaires est de 8,4 % en Europe contre 6.9 % aux États-Unis, toujours selon cette étude. Opportunités. Les entreprises construisent l'intégration européenne notamment par des opérations de fusions-acquisitions et des investissements "cross border". La répartition des opérations réalisées en 2003 et 2004 sur le continent européen fait état de 1.947 transactions (pour une valeur de 346 milliards d'euros). "On constate que près d'un quart de ces opérations sont cross border, poursuit Vincent Mercier, qui ajoute que les flux transfrontaliers d'investissements directs dans l'Europe des 15 portaient sur 150 milliards d'euros en 2004". Les entreprises tissent ainsi leur toile, et participent à l'intégration de l'Europe des 25 : fusions-acquisitions, investissements directs, sans oublier le brassage humain. Il existe une forte mobilité des travailleurs européens puisque 7,4 % d'entre eux travaillent dans un autre pays que le leur. Fort de ce constat, le cabinet Roland Berger a choisi d'étudier de plus près ces entreprises françaises qui participent directement à la fortification de l'Europe, et de les récompenser à travers cinq critères (1) : la croissance et l'amélioration des performances durables de l'entreprise ; la création de valeur pour l'actionnariat ; l'innovation à travers les performances de la R&D ; la solidité de leur assise européenne ; et enfin la mise à profit des opportunité liées à l'élargissement. "Les entreprises nominées ne sont pas forcément sur des secteurs faciles en termes de croissance, ou liés à la high-tech, mais elles ont, à force de dynamisme, d'audace et de volonté, gagné leur pari européen et international", souligne Vincent Mercier. Autre surprise, si la notion de création de valeur a fait son chemin dans les grandes entreprises françaises, elle n'est pas encore bien implantée partout. "D'ailleurs, nous avons constaté que le seul classement existant en matière de création de valeur s'appuie sur la capitalisation boursière, et non sur l'equity et le capital utilisé, c'est un classement fait par des financiers pour des investisseurs en Bourse, qui ne porte pas sur la vraie valeur créée économiquement", souligne-t-on. Or l'analyse du profil des entreprises nominées montre l'importance de la croissance organique, notamment les PME. Face aux nouveaux défis qui les guettent, aux scénarios qu'elles doivent élaborer, qu'attendent aujourd'hui des politiques ces entreprises ? "D'avoir sans doute plus de cohérence entre les discours et les mesures prises dans la marche vers l'harmonisation", conclut Vincent Mercier. E. L. (1) Sur 320 sociétés cotées françaises parmi les plus importantes, 132 ont été retenues comme groupes indépendants avec un projet industriel et une assise européenne, sur lesquels 32 ont été nominées, à partir de plusieurs critères objectifs. Les lauréats du prix de l'Entreprise européenne Pour chaque catégorie, deux prix ont été décernés, séparant les entreprises qui réalisent moins de 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires, de celles dont le CA est supérieur. Prix croissance : Publicis, Rodriguez. Prix création de valeur : France Télécom, Neopost. Prix innovation : Sanofi, Dassault Systèmes. Prix européanité : Lafarge, Guerbet. Prix Nouvelle Europe : Société Générale, Belvédère. Grand Prix : Schneider Electric. |